LE BLANC D'EYENGA2: entre honte et Indignation,LA DIASPORA CAMEROUNAISE SOUS LE CHOC

17/12/2014 22:22

 

Sorti en salle il ya quelques mois au cameroun, le blanc d'eyenga 2 est enfin arrivé en France le 15 decembre 2014, en projection unique. La communication associée à cette grande première donnait l'envie d'aller faire le rang sous le froid des champs élysées,malgré le cout exorbitant du ticket d'entrée ( 35 euros) plus cocktail, tapis rouge et DVD. un DVD dont personne n'aura finalement  recu,le réalisateur ayant rassuré les uns et les autres de l'envoi par poste du precieux sésame.

Sur le plan technique, le film est largement au dessus de la moyenne. Tounré en 4k sous black magic, l'harmonie des décors et de la décoration influence considerablement le jeu des acteurs. Des prises de vues en mini grue, et des travelling fluides laissent entrevoir une grande difference entre les films nigerians ( vite fait mal fait) et ceux des  géants de l'afrique francophone que sont le Cameroun et le Burkina faso. Toutefois, on a déploré la mauvaise qualité du son, et le manque d'étalonnage; à la fin de la projection, le realisateur-auteur Thierry Ntamack le reconnaitra lui meme en implorant l'indulgence du public, tout en garantissant que la version finale sera mixée et étalonnée. pour un jeune Camerounais comédien de formation, la note technique qu'on peut lui attribuer est de deux étoiles sur une échelle de cinq.

Pour ce qui est du jeu des comédiens,la note globale est de quatre étoiles sur la meme échelles. Imperturbable et sensuelle, Aicha Kamoise se revele dans ce film comme l'une des meilleures espoirs du cinéma africain.Elle a tout donné, y compris sa pulpeuse poitrine ; une poitrine que  le réalisateur prend soin de filmer en close up; une belle poitrine que "son blanc" malaxe sans trucages. A coté d'elle, il ya la sulfureuse Lucie Memba dont les baisers humides et des scènes de piscine laissent le spectateur pantois, quand on sait que la pudeur résiste encore dans bon nombre de productions africaines.

la palme d'or de l'interpretation revient incontestablement à Thierry Ntamack.Sa prestation dans ce film le classe incontestablement au rang des grands noms tel que Emile Abessolo, Isaak de Bankolé, ou encore Erick Ebouanay. Magistral et louffoque, il donne à voir, à revoir à aimer, dans ce personnage de Molla qu'il campe comme une soutane.Il fait l'amour à une chinoise, il frappe violemment sa compagne et la chasse à coups de pieds sous la pluie, il est pourchassé tout nu par une orde de chasseurs blancs, il est surtout Molla, papa argent, papa euro.Pour 2015, il est le favori pour la course à l'étalon du meilleur acteur au fespaco.

 

CE QUI DERANGE DANS CE FILM

Au sortir de la projection qui aura duré plus de deux heures avec un grand retard ( comme toujours) de plus de quarante minutes, les réactions ne se sont pas fait attendre.Le resumé ayant été rapidement relayé par ceux qui étaient dans la salle, la diaspora Camerounaise, de plus en plus suceptible, et jalouse de son image a réagi violemment par la voix de quelques leaders d'opinions. A paris, Bruxelles, ou encore Londres, on parle de honte et humiliation. "c'est un film qui nous fait honte; en 2014, résumé l'homme noir comme tel est inadmissible" lache un internaute dans les differents commentaires des réseaux sociaux. Pour mieux comprendre les raisons de l'indignation, voici le résumé du film

" Molla est un jeune camerounais débrouillard qui envoi sa copine eyenga épouser un blanc dans le seul et unique but lui escroquer de l'argent.La manoeuvre est parfaite, et le "blanc" tombe dans le piège. Il fait venir Eyenga en france, et lui donne tout ce dont elle a besoin; en retour, Eyenga prend tout cet argent et l'envoi à Molla au pays.Ce dernier ne se prive pas de plaisirs; nourri au sein d'eyenga, il gaspille tout cet argent dans des cabarets ou il se fait appeler "papa dollar, papa euro, presi". Le vice est poussé encore plus loin, lorsque Molla rejoint Eyenga en france, en se faisant passer pour son frère, et couchant avec sa dulcinée sur le lit meme de son "beau frère blanc". Il entreprend par la suite de séduire la fille du mari d'eyenga pour hériter de la fortune de celui ci. le plan est sans faille, presque! un jour, le stratagème est découvert. Le blanc  vient surprendre Molla avec eyenga dans sa chambre, en train de ... La réaction est d'une rare violence; Molla reussit à sortir tout nu de la chambre; cinq chasseurs blancs armés de fusils de chasse et de chiens se mettent à tirer à bout portant sur le pauvre molla qui malheureusement n'échappe probablement pas à son sort ( le film ne dit pas que molla meurt)........."Voilà resumé de façon imagé, le film LE BLANC D EYENGA2.

 

Depuis cette projection de nombreuses voix se font entendre pour faire interdire ce film qui vient jetter l'oprobe dans la communauté camerounaise de la diaspora, et partant de tous les africains immigrés en occident. Nous avons encore en mémoire l'indignation et les manifestations qui ont suivi le documentaire de la télévision suisse romande qui indexait les camerounaises et la prostitution à grande échelle. Comment comprendre qu'un réalisateur africain puisse faire un film pareil qui rabaisse l'homme noir à l'etat du petit escroc, gigolo, qui n'aime que le fafio...??? !!!

En 2014, certains themes ne doivent plus etre traités dans nos cinémas. Le cinéma est didactique, , il est distraction, il est spectacle, il est surtout devenu une arme redoutable...Si nous memes africains véhiculons ce genre de clichés à travers nos films, qu'en sera t il de l'interpretation ( o combien outragente) donnée par l'homme blanc qui n'a eu de cesse de vouloir ramener le noir comme un sous -homme. les clichés de l'homme africain qui vole, qui bat sa femme, qui reve de venir en france,escroquer les blancs, se fait passer pour le cousin ou le frère de sa copine etc...tous ces clichés négatifs doivent etre bannis dans nos cinémas, nos romans, nos propos quotidiens. 

La diaspora camerounaise à laquelle je m'associe ne se reconnait pas dans ce film, et marque fermement son indignation.Le negro n'est pas un petit escro qui n'aime que le fafio, il est  REGLO ET BEAU.Beau dans l'ame, beau dans son corps, et fier de lui meme. Eyenga aurait pu épouser son blanc, faire de beaux enfants métisses et contribuer à l'extinction des barrières raciales marquées par la couleur de peau, car aujourd'hui il est admis que le metisse represente l'avenir , dans un monde ou il n' y aurait plus de blanc de black. Pour ceux qui vivent en europe et notamment en france, ils vous diront qu'il vaut mieux éviter les sujets ayant trait aux communautés, aux races; du moins il vaut mieux les aborder étant mieux outiller.

Le personnage de Molla qui n'est pas dégradant aurait pu grandir le film en effectuant ce que les "script doctors" les grands scénaristes appellent le parcours acétique qui va généralement de l'innocence au vice et du vice à la vertu.

C'est en véhiculant des valeurs que nous allons cicatriser les blessures de l'esclavage. C'est en produisant des films de qualités avec contenu d'une afrique positive que nous allons retressir les barrières raciales. Nous devons produire des films qui apportent un plus dans notre nature humaine, et à la socièté dans laquelle nous vivons.

Nous invitons massivement les africains à regarder ce film en salles afin de se faire un avis personnel.

 

Narcisse Mbarga

Réalisateur/JRI, paris