OSVALD LEWAT AMIE DE VALERIE TRIERWEILER "Nous nous sentons complices"

06/10/2014 20:29

par Narcisse Mbarga

 

La sortie du livre de l'ex première dame de France n'aura pas seulement servi à reveler l'autre nature du président français; elle nous aura aussi permis de découvrir le cercle d'amies raprochées de la first girl de France, et leurs engagements dans des causes humanitaires. Et parmi les noms qui sont cités dans son livre evenement   MERCI POUR CE MOMENT LA, on retient celui de Osvald Lewat, Camerounaise, et épouse de l'ambassadeur de France à kinshassa, célèbre à travres le monde( plus par ses oeuvres que par son statut matrimonial).

Valerie T. lui consacre deux pages pour son engagement dans la lutte contre les viols des femmes  en République Démocratique du Congo. Osvald à qui Valerie addresse un grand merci pour lui avoir fait rencontrer le Dr Mukwege,est avant tout Réalisatrice documentariste ,Journaliste-photographe diplomée de Science-po à paris, et à l'école de journalisme du Cameroun. " Au delà de la peine" reste son  plus grand succès à l'écran, un documentaire poignant sur un homme qui a passé 34 ans en prison, pour une condamnation initiale de 04ans pour un delit mineur. Elle dirige l'association VTA qui recueille des jeunes filles dans les rues,et les prépare à la réinsertion sociale

Au delà de la polémique sucitée par sa sortie , Merci pour ce Moment là aura permis aux millions de lecteurs de prendre conscience de l'ampleur des viols en RDC et de découvrir le combat acharné d'une Camerounaise, pour secourir les milliers de femmes victimes de la barbarie des hommes, dans un pays en guerre depuis plusieurs années. En cela reside notre interet à revenir sur ce livre dont voici les extraits:

 

"C’est une ancienne journaliste, réalisatrice et photographe de talent,
nous nous sommes immédiatement senties complices. Elle soutient alors l’association
VTA qui recueille des jeunes filles de la rue, chassées de chez elles car suspectées d’être
enfants sorciers, parfois suppliciées. L’association leur permet d’échapper aux violeurs.
Alors qu’elles étaient réunies dans les jardins de l’ambassade, j’ai entendu l’une
d’entres elles chanter d’une voix extraordinaire : « Non, non, nous ne sommes pas
enfants sorciers ». Presque toutes les jeunes filles pleuraient ; la musique sublimait leur
douleur. La délégation, le personnel de l’ambassade, les journalistes présents,

l’émotionles parcourait tous comme une vague.
Je suis allée chercher François, je voulais qu’il écoute cette chanson. La jeune fille a
recommencé. Le cliché de cet instant est paru à de nombreuses reprises. Nous sommes
sur un banc à côté de deux petites filles. François a le regard dans le vide, il est ailleurs.Où ?
Quelques mois après ma première visite en RDC, alors que j’accompagne François
Hollande pour le sommet de la Francophonie, Osvalde me propose de rencontrer le
docteur Mukwege. Immédiatement, je suis impressionnée par le fluide que dégage cet
homme à la prestance magnifique. Son visage semble sculpté par l’humanité dont il fait preuve. 


 Il me demande de l’aide. Il ne veut pas d’argent, mais un relais pour que l’opinion
sache que des dizaines de milliers de femmes sont victimes de crimes sans que personne
ou presque ne bouge. Il pense que ma voix peut aider. Je lui promets d’agir. Nous
publions une tribune dans Le Monde signée par de nombreuses personnalités. Avec la
fondation Danielle-Mitterrand, nous envoyons quatre médecins français, dont le docteur
Crezé qui l’a formé à Angers, pour renforcer l’enseignement dans son hôpital. Quatre
médecins congolais sont ensuite accueillis au CHU d’Angers durant quatre mois.
Je me rends avec le docteur Mukwege devant le Conseil des droits de l’homme pour un
side event, un événement parallèle pour plaider la cause des femmes congolaises. Pour
la première fois, je fais un discours, je m’adresse à un parterre d’ambassadeurs et de
responsables associatifs. Ma voix est mal assurée. Je recommence à New York, cette fois
à l’ONU, devant les ministres des Affaires étrangères. Ma voix tremble toujours.

C’est ceque j’ai vécu de plus impressionnant.
Je fais intégrer le docteur Mukwege à la délégation française pour qu’il puisse
rencontrer le Président dans l’avion qui rentre à Paris, tandis que je reste vingt-quatre
heures de plus à New York à l’invitation du ministre des Affaires étrangères anglais. Je
réussis à voir François avant son départ pour l’en avertir. Il ne me pose pas une question
sur ce que je viens de faire. Nicolas Sarkozy était venu écouter Carla. Je n’en demande
pas tant, mais son indifférence une fois de plus me glace.


Le 6 décembre 2013, je poursuis le combat en faveur des femmes violées de RDC en
réunissant les épouses des chefs d’État africains qui se sont retrouvés à Paris pour un
sommet sur la sécurité. Nous, nous parlons des violences faites aux femmes pendant les
conflits. Avec Osvalde et Arnaud Sélignac, nous avons réalisé un film coup de poing que
nous diffusons. Près de vingt-cinq épouses sont présentes à notre « sommet de
femmes ». Des victimes arrivent de Centrafrique et de Lybie pour témoigner. Nous
signons une charte nous engageant à lutter contre ces violences, que je veux faire signer
par toutes les premières dames du monde. L’épouse du Premier ministre finlandais et
celle du japonais la paraphent aussi. Mais Nelson Mandela meurt ce jour-là. C’est un
événement planétaire. Logiquement, la presse ne relaie quasiment pas notre événement.
Le soir, lors du dîner officiel en l’honneur des chefs d’État africains, les épouses font
l’éloge à François de ce que nous avons organisé. Il me regarde avec des yeux ronds, il
semble découvrir la chose…"

  lien video :

www.youtube.com/watch?v=kk_7H_7qZ0o

 

BIOGRAPHIE

OSVALD LEWAT est une réalisatrice originaire du Cameroun plusieurs fois primée, à travers le monde, pour son travail. Son premier documentaire, Le Calumet de l'espoir, a été tourné au Canada avec des amérindiens qui se battent pour changer les préjugés de la société américaine sur leur communauté. En 2003, elle réalise Au-delà de la peine, le portrait d'un prisonnier condamné à 4 ans de prison et laissé dans les geôles de son pays, le Cameroun, pendant 33 ans. Deux ans plus tard, au Congo-Kinshasa c'est la situation des femmes violées pendant la guerre qui l'interpelle. Un amour pendant la guerre est un film sur l'indifférence et la passivité devant la détresse humaine.
Avec son film, Une affaire de Nègres, Osvalde Lewat revient sur l'histoire dramatique du Commandement Opérationnel au Cameroun tout en questionnant l'avenir socio-politique des pays africains. Sélectionné dans une trentaine de festivals ce film a reçu plusieurs distinctions.
Osvalde Lewat est diplômée de Sciences Po Paris et de l'école de journalisme de Yaoundé.
( source de la biographie Africultures)